Cartographie des tourbières tropicales du Gabon

Cartographie et validation des tourbières tropicales du Gabon par approche multicritère, télédétection et analyses pédologiques

Présenté par Marjolaine OKANGA-GUAY, Maitre de Conférence CAMES, Géographie et Environnement, Laboratoire de Géomatique, Recherche Appliquée et Conseil (LAGRAC), Université Omar Bongo

Auteurs : Okanga-Guay M., Essono Mbegha R., Ndouni Missono F., Mba Nguéma J.C., Ondo J.A., Akendengué Aken I., Mihindou Mihindou G.F., Ngoyo A.A., King Magangue C.S., Mbega Mengara E., Nzambé M.

Les tourbières tropicales jouent un rôle majeur dans le stockage du carbone, la régulation hydrologique et la conservation de la biodiversité. Dans ce contexte, le Projet Tourbières du Gabon (ProTG) a entrepris la cartographie des zones tourbeuses potentielles et avérées dans les régions du Bas-Ogooué et de la Nyanga, en combinant télédétection, observations de terrain et analyses géospatiales.

La méthodologie repose sur une approche en deux étapes. La première consiste en une analyse multicritère intégrant des variables topographiques, hydrologiques, pédologiques et d’occupation du sol. Les données mobilisées proviennent notamment des capteurs ALOS PALSAR, Sentinel-2 et Landsat, de la carte pédologique du Gabon. Ces informations ont permis de construire un indice de potentialité des tourbières et de produire une cartographie exploratoire des secteurs favorables à leur présence.

La seconde étape vise à caractériser les propriétés physiques des sols et à évaluer leur potentiel tourbeux. Des campagnes de terrain ont été réalisées à l’aide d’un carottier cylindrique de 2 m et d’un carottier russe pouvant atteindre 10 m de profondeur. Les analyses ont porté sur la teneur en eau, la densité apparente, la matière organique et les stocks de carbone. La matière organique a été déterminée par la méthode de la perte au feu à 550 °C, après séchage des échantillons.

Les résultats mettent en évidence d’importantes superficies potentiellement tourbeuses. Dans le bassin d’Iguéla-Akaka, elles couvrent environ 1 469 km², soit 39,4 % de la superficie du bassin, tandis que dans le bassin de Cachimba-Mbissi, elles représentent près de 349 km², soit 31,6 % du bassin versant. Une validation préliminaire fondée sur 31 observations de terrain montre une concordance globale entre les zones à forte potentialité et la présence effective de tourbe. Cependant, l’intégration d’indices de végétation apparaît nécessaire pour améliorer la précision des modèles cartographiques.

Les analyses pédologiques confirment le caractère tourbeux de plusieurs sites, avec, dans le 1er mètre, des teneurs moyennes en matière organique atteignant 64,71 % à Iguéla, 80,30 % à Cachimba et 67,95 % à Mbissi. Les cartes produites constituent ainsi une première base de référence pour l’inventaire national des tourbières gabonaises et pour l’évaluation de leur rôle dans la conservation des écosystèmes et le stockage du carbone.

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